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Le Yi Jing
Le Livre des Changements




"La vie engendre la vie,
c'est cela le changement".

Yi Jing



Texte fondateur de la civilisation chinoise, maître d'œuvre de sa philosophie et compagnon de son histoire depuis trente-cinq siècles, le Yi Jing aujourd'hui dépasse largement son terroir d'origine. De lui, on peut dire : "né du génie d'un peuple, il est devenu patrimoine de l'humanité tout entière".

Le Yi Jing se veut simplement le Classique (jing) des Changements (yi).

Le changement est la vie même.
La raison de cet état de fait laisse le Yi Jing indifférent ; seul l'intéresse le fonctionnement de ce processus sans cesse à l'œuvre, et cela à la seule fin de permettre à chaque humain de s'y insérer de la manière la plus efficace possible.

"La seule chose qui ne changera jamais, c'est que tout est toujours en train de changer".



Le Yi Jing

Voie Royale pour se familiariser avec le mode de penser chinois
et Manuel Pratique d'aide à la décision dans la vie quotidienne.





Une Pratique au long cours et une familiarité directe permet de garder présent à l'esprit certaines évidences souvent négligées, voire ignorées :

Le chinois n'est pas une langue, c'est une écriture.

La première de ces réalités est que le Yi Jing est composé en chinois et que le chinois, plus qu'une langue étrangère, est une écriture différente. Le grimoire de ces signes génère, par leur nature même, une intelligence du sens dont nos langues littérales n'ont pas même l'imagination. La seconde est que le Yi Jing n'est pas un texte mais une structure. Il ne se déroule pas selon un schéma linéaire, mais juxtapose un ensemble d'interconnexions.

Dessinant des idées, raison pour laquelle ils sont appelés idéogrammes, les signes chinois suggèrent bien plus qu'ils n'énoncent. Négligeant parfois complètement le son, les caractères vont droit au sens, le faisant surgir par des représentations schématiques, imagées ou épurées.


Le Yi Jing

Structure





Le Yi Jing est constitué de 64 hexagrammes.
A la base du Yi Jing, nous trouvons les deux principes fondamentaux, le Yin et le Yang.
Le Yang sera représenté par un trait ferme, le Yin par un trait brisé.
Ceux-ci ont donnés naissance aux "kouas" qui sont les huit trigrammes de base :

K'ien , le Ciel, le (principe) créateur, dont les propriétés sont la force et le mouvement.

K'ouen , la Terre, le (principe) réceptif, dont les propriétés sont la passivité, l'abandon, la soumission (au Ciel).

Ces deux trigrammes sont appelés respectivement le père et la mère des six autres.

Tchen , l'éveilleur, l'ébranleur, le tonnerre. Il contient une force jeune, ascendante, symbolisée par le trait mâle inférieur.

(Les kouas sont des figures d'énergie en mouvement l'énergie entre par le bas et sort par le haut.)

Souen , le bois, le vent, le doux, où le trait inférieur représente une force douce qui pénètre ce qui est dur, comme le bois qui s'insinue à travers la terre et le vent qui entre partout. Souen est l'opposé de Tchen.

K'an est l'insondable, l'abîme, l'eau sous son aspect dangereux de masse profonde et obscure. Il est relié au principe yin, à la lune.

Li , le feu, la lumière, ce qui s'attache. Sa structure fait penser à un œil entre les deux paupières. Il est rattaché au principe yang et au soleil. C'est l'opposé de K' an.

Ken , l'immobilisation, la montagne. Ce koua symbolise l'énergie parvenue à son point d'accomplissement (trait fort supérieur). Sa propriété est la fermeté. C'est l'image de l'évolution spirituelle qui fait de l'homme un rocher.

Touei , le lac, la sérénité joyeuse. Ce trigramme figure la mobilité docile et pleine d'allégresse.


En associant les trigrammes par deux, nous avons les 64 hexagrammes,
représentant toutes situations dans l'univers.



Chacun des 64 hexagrammes représente une configuration spécifique, une description du réel vu sous un angle particulier, et les six traits qui le constituent peuvent être considérés comme six moments et, partant, six manières d'approcher le dispositif décrit.




Méthode de Tirage





La pratique traditionnelle du Yi Jing passe par une approche qui requiert engagement : quand un problème spécifique se pose ou que l'inquiétude s'installe, il est d'usage d'y avoir recours pour prendre la décision juste ou définir la position adéquate.
On procède alors à la pratique du Tirage qui consiste, par l'intermédiaire de 3 pièces de monnaie ou de 50 tiges d'achillée, à mettre en rapport le problème considéré avec l'une des 64 figures du Yi Jing, et éventuellement l'un ou plusieurs de ses 384 traits.


La Question


Interroger le Yi Jing consiste à faire le point des énergies en présence à un moment donné, comme un accupuncteur prend les pouls pour connaitre l'état de son patient ou un aviateur survole un paysage pour en avoir une vue plus large qu'à l'ordinaire.
Le but est d'obtenir une description des circonstances où se place le problème et des virtualités de la situation.

Il ne s'agit pas de deviner le futur, mais de comprendre le présent, car c'est dans les composantes du présent que se trouvent les germes de ce qui pourra ou non advenir : tout comme le passé s'est sédimenté dans la réalité présente, des potentialités -- que nous déciderons ou non de déployer -- se nourrissent de la situation actuelle.
Les éclairages obtenus permettront d'échapper à des conditionnements de tous ordres et de s'orienter en connaissance de cause : un Tirage de Yi Jing ne représente pas un abandon de la liberté personnelle mais une opportunité au contraire de l'accroître.

L'utilisation adéquate consiste à formuler une question contenant un verbe d'action dont on est le sujet.

Une question rédigée à la première personne place sans ambiguïté dans la position de quelqu'un qui prend la responsabilité de son affaire et cherche simplement à se situer dans la diversité des courants qui le traversent. Il ne considèrera pas le ou les hexagrammes obtenus comme une réponse toute faite, mais poursuivra sa réflexion avec les outils qui lui ont été fournis pour en arriver à prendre lui-même sa décision.


La méthode des pièces



On utilise trois pièces d'une monnaie de son choix -- d'anciennes pièces chinoises si on en a à sa disposition -- mais n'importe quelles pièces feront l'affaire.

On commence par établir une convention que l'on respectera une fois pour toutes : un côté de la pièce doit correspondre à Yin, l'autre à Yang. Ce choix fixé, la valeur numérique associée à chacune des deux polarités doit rester invariable : au Yin correspond le pair et au Yang correspond l'impair. Ce qui se traduit par :

Yin = 2
Yang = 3



Il suffit alors de jeter ensemble les trois pièces comme on lance des dés, de transcrire les faces sur lesquelles elles se sont arrêtées dans leur valeur numérique et de les additionner. On note le résultat et on recommence l'opération six fois de suite, de façon à obtenir six traits.

L'hexagramme s'écrit toujours de bas en haut, le premier trait occupant la place inférieure, le second au-dessus, et ainsi de suite jusqu'au sixième qui occupe donc la place supérieure.

Les nombres obtenus lorsque l'on additionne les chiffres après chaque lancer de pièces peuvent être de quatre sorte : 6, 7,8 ou 9, chacun de ces nombres correspondant à un type de trait :

2+2+2=6= Yin mutant ou vieux Yin
3+2+2=7= Yang naissant ou jeune Yang
3+3+2=8= Yin naissant ou jeune Yin
3+3+3=9= Yang mutant ou vieux Yang

Les traits mutants vont se transformer en leur opposé (Yin mutant en Yang naissant, Yang mutant en Yin naissant) alors que les traits naissants ne changent pas.

Rappel : le trait Yin est un trait brisé, le trait Yang est un trait ferme.

Les six jets successifs permettent ainsi d'écrire une superposition de six traits Yin ou Yang que l'on appelle l'hexagramme tiré.

Au cas où le Tirage comprendrait des traits mutants, on dessinera une seconde figure appelée hexagramme de perspective : on reprend les traits obtenus lors du tirage en remplaçant les traits mutants par leur opposé.

Enfin, on recherche le ou les numéros dans le tableau ci-dessous où tous les hexagrammes sont classés à partir de leur division en trigrammes (trigramme inférieur, trigramme supérieur).




Le Yi Jing

Exemples



Le consultant tire les pièces :
1e jet = 8
2e jet = 8
3e jet = 9
4e jet = 7
5e jet = 6
6e jet = 8

Il écrit donc 889768
et dessine son premier hexagramme en commençant par le bas et en remontant, puis il dessine à côté le second hexagramme (puisqu'il y a deux traits mutants) en prenant soin d'inverser les traits changeants (le neuf en troisième place et le six en cinquième place).


...... 62 ...... ...... 45 ......

donc de bas en haut pour le premier : yin, yin, yang mutant, yang, yin mutant, yin.

Il regarde ensuite sur le tableau des correspondance des trigrammes (ci-dessus) pour connaitre les numéros de ses deux hexagrammes :

1/ en bas Ken la montagne et en haut Tchen le tonnerre : 62
2/ en bas Kouen la terre et en haut Touei le lac : 45

Dans sa lecture du résultat, il lira donc en premier l'interprétation d'ensemble de l'hexagramme tiré 62 (Petit Excès ou La Prépondérance du Petit) Jugement et Image, puis il lira parmi les Traits ceux qui le concernent tout particulièrement (dans notre exemple, le neuf en troisième place et le six en cinquième place).

Enfin, il lira l'hexagramme de perspective 45 (Réunion) Jugement et Image. Il ne lira pas le texte des traits dans le second hexagramme, puisqu'il n'y a pas de transformation (les vieux traits étant déjà mutés en jeunes traits).


Autre exemple :

Le consultant tire 778887
Aucun trait mutable... Il dessine un seul hexagramme.



En bas Touei le lac en haut Ken la montagne... 41 La Diminution

Dans sa lecture du résultat, il lira l'interprétation d'ensemble de l'hexagramme tiré 41 Jugement et Image. Il pourra éventuellement lire l'ensemble des traits, bien que pas concerné, afin de se faire une petite idée des différentes réponses possibles que l'on peut voir se dessiner au sein de la situation d'ensemble.


Analyse et Interprétation




Il est important de ne pas laisser l'imagination vagabonder dès le départ, à cause du risque de s'égarer sur de fausses pistes en prenant appui sur n'importe quel élément, égarement qui peut être du à la connotation propre à certains termes français mais étrangère à l'idéogramme qu'il traduit.
Il convient donc de ne pas chercher à répondre immédiatement à la question posée, mais de rassembler dans un premier temps les éléments permettant de comprendre comment la situation est décrite.

Observation des figures

La forme de l'hexagramme est-elle parlante ?
Yin et Yang y sont-ils représentés à parité ?
Un trait est-il mis en valeur de par sa position ou par sa rareté ?
Y a-t-il une nette différence entre le trigramme inférieur et le supérieur ?

L'on a coutume de dire que le trigramme inférieur représente l'interne, et le supérieur l'extérieur.
La disposition des traits se répartit comme suit :
Les deux premiers représentent la Terre, les deux traits supérieurs le Ciel, et les deux traits médians l'Etre Humain servant de lien entre les deux.

Les textes

Le sens général d'un hexagramme passe d'abord par la compréhension de son nom. Plus large et plus évocateur que le mot français, l'idéogramme qui sert à le nommer ne différencie pas la description de la situation et le comportement qu'elle implique.
Il importe donc de comprendre en premier lieu le type de mouvement que ce nom désigne, ce à quoi aident grandement les connotations ou évocations auxquelles ce nom est associé.

Le Jugement est une appréciation globale fournissant des indications sous forme de flux énergétique du moment, symbolique spécifique sous forme de personnage ou d'allusion à une circonstance particulière, ou parfois des données sur les forces à l'oeuvre et des conseils par rapport aux mouvements en cours.

La Grande Image apporte des informations utiles quand au comportement adéquat. Le conseil, calqué sur les forces de la nature telles que décrites par les trigrammes, s'adresse dans la plupart des cas à l'Etre accompli (l'Homme noble dans certaines traductions), personnage modèle pour qui toute circonstance représente l'opportunité, en suivant l'attitude juste, de s'accomplir.

Les textes des Traits constituent les six niveaux de développement de la situation : les différents stades de l'évolution de l'hexagramme et le point de vue qui prévaut à chacun de ses stades. Il est donc bon de les explorer pour avoir une idée du déroulement général de l'hexagramme. Cependant, dans le cadre du Tirage, on n'est concerné que par le ou les Traits mutants de l'hexagramme tiré, qui apportent la plupart du temps un éclairage plus fin que le Jugement.
Il peut arriver qu'il y ait contradiction entre les deux : dans ce cas c'est le texte du Trait qui prévaut sur celui du Jugement.
Lorsque plusieurs Traits sont en mutation, il peut se produire des divergences : mais ces paradoxes n'existent que pour la conscience ordinaire, et c'est précisément tout l'apport du Yi Jing que de nous mettre en présence de plusieurs moments ou composantes de la situation quand nous n'en voyons qu'une seule.

Les trigrammes apporteront une indication à la mémorisation de l'hexagramme et à l'explication de la Grande Image dont les conseils se basent justement sur une imitation des forces naturelles que décrivent les trigrammes.

La hiérarchie des places

La connaissance des différentes fonctions associées à chacun des niveaux (traits) de l'hexagramme est essentielle pour l'analyse d'un Tirage. Elle sert à comprendre la valeur des Traits en mutation, qui indiquent le ou les niveaux où se trouvent le ou les noeuds de la situation considérée.

Entrée
Le premier trait décrit le stade où se découvre la situation. Il a l'avantage de l'innocence et les défauts de l'inexpérience. Les énergies y sont encore à l'état de gestation ou bien se réveillent soudainement : c'est le risque d'action impulsive et non maîtrisée qui est le plus souvent pointé par le texte dans lequel les conseils de retenue sont fréquents.

Préfet
Place centrale du trigramme intérieur, le deuxième niveau est celui du travail et de la gestion concrète de la situation. Le Préfet représente l'autorité souveraine dans les régions et en applique les directives. Oeuvrer, accomplir, réaliser, telles sont les tâches dévolues à ce stade.

Passage
Le troisième trait représente un moment difficile. Armé de l'expérience acquise aux deux niveaux de la Terre, on est appelé à partir à la rencontre de l'extérieur. Moment d'incertitude et d'écartèlement entre le haut et le bas, le troisième trait se trouve soumis à la pression des trois places hiérarchiquement fortes qui l'entourent, Préfet, Ministre (en quatrième place) et Souverain (en cinquième place). Cette position instable est dans la plupart des cas marquée par des formules négatives.

Ministre
Tout comme le Préfet à la seconde place, le Ministre est un serviteur du Souverain. C'est le niveau où l'on dispose d'une certaine maîtrise, celle acquise au long des phases précédentes. Les possibilités que confère cette position impliquent la prudence, du fait de la proximité de la place Souveraine. Le rôle est ici essentiellement de communication entre les sphères supérieure et le bas de l'hexagramme, mais aussi d'assistance, d'organisation et de mise en oeuvre du gouvernement.

Souverain
La cinquième place est le niveau maître de l'hexagramme, qui en représente le stade le plus accompli, celui où la situation est prise en main, assumée et dirigée. Première des deux places du Ciel, c'est le lieu d'une conduite éclairée. Capacité à imprimer une direction par une attitude juste et opportune.

Sortie
Le niveau de sortie représente un point d'achèvement et une retombée. Il peut être une sublimation du problème, mais également le lieu d'une insistance déplacée ou d'une inconscience gênante à ce stade. Il est rare à cette place que l'on puisse encore intervenir directement dans la situation : c'est plutôt le moment où l'on recueille les fruits, bons ou amers, de ce qui a été auparavent accompli. Cette sixième place est aussi celle d'un surplomb permettant de préparer l'évolution ultérieure de la circonstance qui s'achève, et donc sa transformation.


Il existe des affinités structurelles entre ces différents niveaux : les traits 1 et 4 se répondent dans la nécessité de la prudence; les traits 2 et 5 occupent tous deux des places centrales; les trait 3 et 6 représentent des moments de retombée souvent mis en rapport par leurs textes. Il n'est pas rare que le troisième trait annonce les déboires qui guettent au dernier stade.

La correction des Traits
Un trait est dit correct lorsque sa polarité Yin ou Yang est en accord avec la place qu'il occupe. Les places impaires sont Yang, les places paires sont Yin. Ainsi donc, un trait Yang est correct lorsqu'il est à une place Yang (1, 3, 5), un trait Yin est correct en place Yin (2, 4, 6). Ils sont incorrects dans le cas contraire.

Voisinage et correspondance
Une relation de voisinage est effective entre deux traits contugus s'ils sont de polarité différente, l'un Yin et l'autre Yang ou l'inverse.
Une relation de correspondance est effective entre les traits 1 et 4, 2 et 5, 3 et 6 s'ils sont de polarité différente. La correspondance, qui met en relation les forces internes et externes de l'hexagramme est un paramètre important, car il permet d'examiner les liens cachés de la situation et d'entrevoir des possibilités d'évolution.


(Ces explications sont tirées du livre de Cyrille J.-D. Javary et Pierre Faure : Yi Jing - Le livre des changements, aux éditions Albin Michel)




La Pratique

Soit vous tirez vous-même avec les pièces et transcrivez le résultat
dans les cases correspondantes, en veillant bien de commencer par le bas,
Soit vous utilisez le bouton "Tirage Aléatoire".

Pour lire votre réponse, cliquez sur le bouton du résultat qui apparaîtra en rose.
Il ne vous reste plus qu'à lire le ou les hexagrammes obtenus
(seuls les traits mutants seront disponibles à la lecture)













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