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Jacques Salomé

T'es toi quand tu parles
Jalons pour une grammaire relationnelle

Extraits



J'ose dire, je m'autorise à faire des demandes.


La plupart d'entre nous ne sait pas demander avec simplicité, c'est-à-dire faire des demandes directes:

Sans passer par l'accusation ("Tu ne penses jamais à me demander ce qui me fait plaisir !").

Sans passer par la culpabilisation ("Tu aurais pu penser à me téléphoner, sachant que j'étais malade!").

Sans introduire une plainte ("Tu savais que j'étais seul. Ce n'était pas difficile de m'appeler !").

Il faut savoir ne jamais aliéner une demande en fonction de la réponse possible de l'autre...

"Avec son emploi du temps, je ne vais tout de même pas lui demander de venir à Venise avec moi..."

Si la demande est chez moi... la réponse sera chez l'autre.

Et ma réaction à la réponse de l'autre m'appartient.


Dans l'échange suivant:

" J'ai très envie de faire un voyage avec toi pendant les vacances de Noël ",

si elle me répond:

" Je préférerais que nous restions à la maison",

la suite est de mon entière responsabilité.

Que je dise: "D'accord, cela me convient... ", ou que je manifeste de la colère, de la bouderie, du ressentiment ou une accusation, c'est à moi de me responsabiliser dans ce ressenti; je le produits, il m'est propre.

Personne d'autre que moi ne sécrète les sensations, les sentiments qui m'habitent, c'est donc à moi d'en assumer le retentissement.



Sortir de la répression imaginaire


Il y a trop souvent, chez beaucoup d'enfants et d'ex-enfants, une anticipation négative qui fait que, pressentant une réponse défavorable, nous annulons notre demande, nous refoulons notre désir ou taisons notre besoin.

" Je n'ai jamais pu dire à mon père que je l'aimais, car je craignais qu'il ne me dise:"
"Ça va pas, t'es malade!"

" Je croyais ma mère tellement sensible que lui annoncer mon licenciement aurait été lui porter un coup fatal. Alors je lui laisse croire que j'ai toujours mon emploi..."

" Si je lui dis que je le trouve beau, il va croire que je cherche une aventure avec lui!"


Il nous faudra prendre le risque de rencontrer l'autre pour ce qu'il est et non pour ce que nous croyons qu'il est.

Nous risquons de développer de l'autoprivation en accusant par exemple autrui de ne pas nous aimer, de ne pas nous entendre, de ne pas nous comprendre ou de toujours refuser!

Nous en arrivons parfois à des injonctions paradoxales:

"N'écoute jamais les conseils que l'on te donne!"

"C'est pas encore ce soir qu'on va faire l'amour, excité comme tu es!"


En prenant le risque d' une invitation à s'exprimer, en osant une demande directe ou un témoignage, je deviens plus auteur de ma vie. Je reste stimulant, pour l'autre et pour moi. Quand je prends le risque de me dire, de proposer ou d'inviter, je prends aussi celui d'être entendu.


Oser me définir encore.

Je reste entier quand je sais refuser ce qui n'est pas bon pour moi. Je garde ma cohérence en sachant accepter et recevoir ce qu'il est possible d'accueillir sans me trahir.

Chaque fois que je peux passer de la demande à la proposition ou à l'invitation, je crée les conditions d'une relation créatrice.

Si je fais une proposition et une invitation:

" Je souhaite passer un week-end à la campagne et je t'invite"
ou bien:
" J'ai envie de sortir ce soir et j aimerais être avec toi... "


il se peut que l'autre accepte, il se peut qu'il refuse.

Mais quoi qu'il en soit, sa réponse est liée à ce qu'il est lui.., et pas nécessairement à ce que je suis.

Notre propre égocentrisme nous entretient à rapporter les comportements de l'autre... à nous-même:

" S'il a fait ça, s'il a dit ceci, c'est à cause de moi, c'est pour moi. S'il n'a pas fait ceci ou cela, c'est aussi à cause de moi... "


Oser reconnaître la polyvalence de nos sentiments.

Nos sentiments comme nos désirs sont mélangés et contradictoires. Ils se combattent parfois et il est difficile de les accorder, tant l'intensité de leur contradiction nous gêne ou nous effraie.

" Tu es trop petite pour porter des collants, ça fait mauvais genre ", dira ce père à sa fille, alors qu'il vient d'offrir des collants résille à sa femme.

Les enfants ont parfois plus de liberté pour dire leur ambivalence.., ou leur sentiment réel:

" Tu es vieux, grand-père, alors tu vas peut-être mourir! "

" Tu dois être fâché contre moi parce que je n'ai que 7 ans et toi 77... "


Nous les adultes, gardons plus de réticences à reconnaître nos sentiments... ambivalents.
Nous nous voulons intransigeants sur la qualité de nos sentiments et sur ceux d'autrui:

" Si tu es d'accord avec moi, tu ne peux pas me refuser cela."


Nous voulons que nos enfants grandissent... et nous les aidons trop souvent à rester petits. Il est difficile pour beaucoup de parents de passer d'une relation de soins à une relation d'échanges.

L'origine de nombreux conflits avec les adolescents réside dans la difficulté des adultes à doser soins, échanges et distanciation nécessaires.




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