" Ne cédez pas sur votre désir "
" Bravo! Tu as tout mangé... ", s'extasiait une mère
devant l'assiette vide de son enfant...
GÉRARD SÉVÉRIN.-... et l'enfant ne savait plus s'il avait vidé son assiette parce qu'il
avait faim ou parce que le plat était bon ou encore parce qu'il faisait plaisir à sa mère. Trop
souvent les parents raptent ainsi à leur profit le désir ou l'envie de leur enfant. Peu à peu
celui-ci apprend à faire sa vie selon le bon plaisir de son père ou de sa mère. Il ne fait plus
attention à ses envies à lui ou à ce qu'il croit devoir faire. Il se conforme à ce qu'on attend
de lui ou bien il imite les autres.
À ce sujet, il y a peu de jours, j'ai rencontré près de chez moi une voisine distinguée
qui attendait que son toutou se soulage sur le trottoir. Passant près d'elle je lui ai dit
avec un... grand sourire " Vous auriez pu quand même mettre votre chien dans le caniveau! " Mon
élégante de se rebiffer " ... quand on interdira aux gens de cracher par terre! " Pourquoi imite-t-elle
les autres? Pourquoi les prend-elle pour modèles ? Petite fille, lui aurait-on ravi ses envies, cassé
ses initiatives, pour qu'aujourd'hui elle doive s'abriter derrière la conduite ou
l'inconduite des autres?
Une femme me confiait, il y a quelque temps " Je sens que je basculerais facilement dans
la foi mais je me retiens ma mère serait si contente! Et puis elle me dirait que ce changement
vient de ses prières et que c'est grâce à elle... Elle m'envahit toujours. " Ce que ressent sa mère
est une chose ; la voie que cette femme a envie de choisir en est une autre. Que la mère se
réjouisse de l'orientation nouvelle de sa fille, c'est son affaire.
Et pourquoi cette mère ne pourrait-elle pas dire sa joie?
Si la fille se sent prisonnière c' est que la mère, depuis longtemps, ne lui a pas permis
de penser par elle-même ni d'aimer différemment. Sa mère se croyait obligée de tout sanctionner
par un " bravo " ou un " dommage! "
Lacan a écrit quelque part " Ne cédez pas sur votre désir. " Phrase qui en a incité beaucoup
à se replier sur eux-mêmes et leurs caprices. En fait, ce psychanalyste voulait dire, d'après
un de ses exégètes : ne cédez pas sur votre devoir (c'est-à-dire sur ce que vous croyez que vous
avez à faire à moins de vous renier).
Me vient à l'esprit une histoire qui illustre mon propos. Martin Luther King, le Gandhi américain,
avait organisé un meeting dans une immense salle de cinéma d'une ville
aux USA. A un moment, il a fait éteindre toutes les lumières et tous les projecteurs de la
salle. Tout le monde était dans le noir, dans la nuit, chacun était dans sa nuit. Il a alors
allumé une bougie et tout le monde a vu cette petite flamme...
Allumez votre bougie, n'attendez pas votre voisin de
droite, ne faites pas plaisir à votre voisin de gauche. En un mot, ne cédez pas sur
votre désir, sur votre devoir.
.../...