SI JE M’ÉCOUTAIS JE M’ENTENDRAIS
Jacques Salomé – Sylvie Galand
Extrait
«Si j’écoutais mes sinusites ou mes angines, j’entendrais... mes peurs et particulièrement
tout le silence autour de mes peurs.»
La mémoire du corps est incroyablement riche et il n’y a rien d’étonnant à ce
qu’elle se dise. Il arrive ainsi au corps de hurler dans le silence des mots.
Il va tenter de parler, de lâcher les conflits, de déposer des sentiments trop lourds, des
demandes refoulées, de se libérer des sentiments de dette ou de réparation. Ainsi, le corps
peut devenir un champ de bataille extraordinairement fécond par les «discours» contradictoires
qui s’y affrontent.
Le dilemme des écoutants et des soignants est le suivant: «Si je soigne, je détruis le
symptôme; je bâillonne donc ce qui tente de se dire par cette médiation.»
C’est pour cela que la médecine classique, qui vise à rétablir le fonctionnement, à supprimer
les conséquences d’une infection, risque de passer à côté de l’essentiel: entendre ce qui se
dit, ce qui se crie, ce qui se débat dans l’expression d’une somatisation.
Il conviendrait bien sûr de «soigner» tous ces aspects. Les soins relationnels que nous proposons
viendraient en appui, en renfort des actions thérapeutiques proprement dites.
Très souvent, sans que cela soit nécessairement conscient, il y a quand même réparation
symbolique dans la relation avec le soignant. Ce sera à l’occasion d’un geste, d’une parole,
d’une association que se rétablira le lien dans une chaîne de signifiants qui échappent à la
fois au soignant et au soigné. C’est la qualité de certains thérapeutes d’introduire ainsi
dans la relation des équivalents symboliques qui restaurent cette dimension chez l’autre. La
force d’une attitude, d’un geste, d’une écoute sera proportionnelle à sa dimension symbolique.
La cause ou le sens de la maladie ?
L’ensemble des soins relationnels proposés devrait viser à permettre au malade de se relier au
sens de sa maladie, à sa fonction symbolique. Dans trop de démarches de compréhension et
de «soins», il y a confusion entre la recherche de la cause (pour expliquer, justifier
la maladie) et la tentative d’en comprendre le sens.
Cet homme de quarante ans a repris ses études pour devenir animateur
social. Quelques jours avant la date où il doit défendre son mémoire de fin d’études, de violentes
douleurs l’assaillent; son médecin diagnostique des fissures ulcéro-anales et l’invite à se faire
opérer d’urgence. Il se sent abattu et relie cette situation à ce qui s’est passé pour lui à
différents moments de sa vie, chaque fois qu’il avait une épreuve, une confrontation à vivre: crise
d’appendicite au moment du brevet d’études, hépatite au moment du baccalauréat, dépression nerveuse
avant un examen important.
En reliant tous ces faits, il va se donner les moyens d’affronter positivement cette
situation dont la répétition lui a fait retrouver le message reçu très tôt dans sa
vie: «Oh! toi, tu ne réussiras jamais, ce n’est même pas la peine de te présenter
quelque part!» Toutes ces réussites possibles étaient comme des transgressions; le
risque d’être infidèle à ce message se traduisait par un conflit dont son corps
manifestait la présence.
Trop souvent, en effet, nous voulons donner une explication à la maladie, c’est-à-dire que
nous trouvons soit une cause matérielle ou physiologique, soit une cause psychologique.