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La guérison du cœur
Guy Corneau

Extrait



Cheminer avec plaisir


Avec le temps, vous réaliserez que la notion de plaisir peut accompagner votre démarche. La souffrance stimule le développement, comme la mouche pique le coche dans la fable de La Fontaine - dans ce sens, elle représente une aide précieuse. Mais, Si on la remplace par une discipline rigide qui oublie que le but réside dans la jouissance profonde de soi-même et dans le bonheur, on risque de tourner en rond et d'ajouter à ses tourments.

A cet effet, je me souviens avoir tenté de lire un ouvrage de Chôgyam Trungpa pendant des vacances sur l'île paradisiaque de Sainte-Lucie. Trungpa est l'un des maîtres tibétains qui ont le plus contribué à introduire le bouddhisme en Occident. Cet ouvrage s'intitulait Cutting Through Spiritual Materialism, que l'on pourrait traduire grossièrement par "Couper court au matérialisme spirituel". L'auteur y affirme que, si l'on veut produire des transformations intérieures de la même façon qu'on devient millionnaire, on ne fait que pratiquer une sorte de matérialisme égocentrique qui accumule des expériences spirituelles au lieu d'amasser des dollars.

La perspective est décapante. Trungpa remet en question tout effort de développement personnel. Selon lui, cet effort est guidé par la peur et il consiste essentiellement en une tentative individualiste et capitaliste aux fins d'obtenir un gain pour soi-même. Au lieu de mettre l'accent sur l'accueil sans jugement de ce que l'on est, cet effort fait tendre l'individu vers ce qu'il n'est pas. Nos vieux schémas de comportement mènent alors le bal. Il y a concentration sur l'avoir au lieu d'une réalisation de l'être. Et, pour parvenir à cette réalisation de l'être, Trungpa dit qu'il n'y a rien d'autre à faire que de s'accueillir simplement pour prendre conscience de la perfection de ce que l'on est déjà.

Me voici donc en train de lire cet ouvrage sur la plage, et je suis de plus en plus mal à l'aise à mesure que je tourne les pages. Le bon élève que je suis voudrait méditer et faire ce que l'auteur propose pour simplement "s'accueillir", mais mon pauvre moi, dominé par un surmoi très actif, exige des résultats immédiats. Je suis entré dans un tel conflit avec moi-même que pour pouvoir profiter de mes vacances j'ai dû abandonner ma lecture.

Je vous raconte cette anecdote simplement pour vous dire que le surmoi veille et qu'il ne faut pas en minimiser la force. Chaque fois que vous vous sentez coupable ou déçu à cause de piètres résultats, retournez-vous sur vous-même et demandez-vous si c'est bien de vous qu'émane cette exigence, ou si elle ne provient pas de quelqu'un d'autre en vous. Et rappelez-vous ces mots d'un chef amérindien "Parcourez lentement le chemin magnifique!"

Le changement conscient constitue un chemin merveilleux, plein d'embûches et aussi d'agréables surprises. De plus, il ne saurait mener ailleurs qu'en dehors de la prison du malheur. Acceptée consciemment, la souffrance liée à la crise peut servir de passage, mais un passage n'est pas un lieu de résidence permanent.

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