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A propos de… Relation de Confiance.



Je me fais proche, aussi proche que possible, des patients dont j’ai la charge. Ce ne sont pas les biens-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades, et en vérité, je peux bien le dire, je suis médecin de l’âme (mon doctorat est écrit dans les cœurs de chacun d’eux), et pour connaître la bonne distance, celle qui est juste, je me tourne vers le temple :

Voyez ses colonnes, rapprochez-les, le temple s’écroule. Eloignez-les, il s’effondre. Bien des médecins ont dit combien il est nécessaire d’aimer les malades pour pouvoir les guérir. Mais j’entends trop souvent dire autour de moi, dans les milieux soignants : « On n’est pas là pour les aimer » !

On peut m’accuser de donner trop d’espoir, l’espoir d’une hypothétique guérison. Mais que donnent donc mes accusateurs, sinon la cruelle vision de leur impuissance ? Ce qui est cruel n’est pas tant qu’ils soient impuissants face à la maladie mentale (c’est bien normal) ; c’est bien plutôt le fait qu’ils ne veuillent pas qu’il en soit autrement ! Sinon, pourquoi accuser ?

J’ai pris sur moi bien des maladies pour savoir ce qu’elles sont : le signe d’un manque. Je leur ai permis d’opérer sur ma personne. Je sais de quoi je parle. Croyez-vous que l’on puisse comprendre quelque chose sans connaître cette chose ?

La relation soignant-soigné ne peut être qu’une relation de confiance ou ne pas être. Et c’est précisément cette confiance qui guérit, qui panse les nombreuses blessures dont l’homme souffre tant.

Pour ma part, reconnaître l’utilité de la maladie, c’est détruire son côté ravageur, c’est lui ôter sa puissance. La confiance, c’est choisir la situation, et non la subir. Il n’y a plus là sujet à combattre, mais il reste l’occasion (la maladie peut être une occasion) de comprendre une théorie dont on n’aura pas fini de parler : celle de la relativité !

Dans le monde où nous vivons, rien n’existe sans son contraire. Comprenons donc les couples maladie-santé, naissance-mort, moi-l’autre, etc. Au sommet des colonnes, ne voyez-vous pas la voûte, le lien ?

Je peux bien quitter la psychiatrie : des malades, il y en aura toujours autour de moi… et je ne connaîtrai pas le chômage.

Mais j’ai suffisamment vécu en tant que colonne, séparé des autres. Le temps vient pour moi, et c’est maintenant, d’être le lien…

…ce qui était au commencement.


Jean-Pierre GARINO


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Conception: Jean-Pierre GARINO, Acteur en santé mentale.