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CAMPAGNE DE REFLEXION
" autour " du suicide

(Part 1)



Supposons…

Que nous respections notre environnement.
Que nous n'ayons pas pollué notre atmosphère.
Que nous nous alimentions avec une nourriture saine, équilibrée.
Que nous n'empoisonnions pas notre corps de substances ridicules (tabac, alcool par exemple).
Que nous vivions sans inquiétude.

Supposons…

Notre vie corporelle serait bien plus longtemps en bonne santé.

Aujourd'hui…

Nous ne respectons pas notre environnement (nous le rendons même parfois dangereux).
Nous polluons largement notre planète (terre et air).
Nous surchargeons notre nourriture de graisses animales, riches en cholestérol.
Nous fumons.
Nous nous alcoolisons, même un tout petit peu.
Et par dessus tout, nous sommes inquiets (dans le sens d'absence de quiétude).

Ce ne sont là que des exemples…

Mais nous savons en conscience que ces attitudes réduisent notre espérance de vie.
Il n'y a aucun doute sur le sujet.

La pollution, les graisses, le tabac, l'alcool et toutes les toxines que nous sécrétons lorsque nous sommes anxieux… pour ne citer que cela… nous rendent malades, et vont nous tuer à plus ou moins long terme.

Personne ne peut raisonnablement nier ce fait.

En particulier dans nos professions de santé, nous savons précisément ce que ça provoque sur nos artères nourricières, la circulation sanguine, la respiration…
Nous allons jusqu'à inscrire sur nos paquets de cigarettes que le tabac est dangereux pour la santé…
… tout en continuant à en vendre.

Cela ne s'appelle pas du suicide, mais du commerce !

Ainsi savons-nous qu'en ayant un tel comportement destructeur (pour la nature) ou auto-destructeur, collectif ou individuel, nous raccourcissons notre vie d'une ou plusieurs années, voire décennies.
Si on n'appelle pas ceci un comportement suicidaire (collectif ou individuel), alors comment allons-nous l'appeler !

Nous mettons fin à nos jours, certes lentement, mais sûrement et impunément (pourquoi devrait-on d'ailleurs être punis ?) et sans que personne nous en empêche…
On appelle cela la Liberté Humaine.

Soit !

Mais que quelqu'un décide de mettre fin à ses jours rapidement, radicalement (peu importe pour quelles raisons), alors là, ça ne va pas ! Nous ne sommes pas d'accord !

Nous nous sommes même donnés le devoir de l'en empêcher…


Ce n'est donc pas vraiment contre le fait de mettre fin à ses jours qui nous dérange, mais le fait de le faire rapidement.
C'est une histoire de temps, de vitesse.

Lentement, ça passe…
D'un seul coup, ça ne passe pas.


Que se passe-t-il donc dans notre mentalité ?
Où en sommes nous, face à la mort, face à la vie ?
Qui sommes-nous, face à la mort, face à la vie ?
Face à un candidat au suicide, peut-on et doit-on aider à y renoncer ?

Je pense que oui, mais pas de force, pas de la manière dont on s'y prend souvent en psychiatrie :

Par obligation.
Par contention ou enfermement.
En voulant remplacer la manière de voir du candidat au suicide par la nôtre.
Parce que ce n'est pas bon pour la santé, alors que nous permettons et nous nous permettons bien des écarts !


Je pense que si nous sommes vraiment attachés à la liberté des individus, si nous croyons que le libre-arbitre existe, alors nous savons que l'on ne peut vivre librement que si l'on peut mourir librement.
S'il n'y a aucun choix, où donc est la liberté ?



Serions-nous condamnés à vivre ?
Ou invités à vivre ?



Ne pouvons-nous pas imaginer des conditions où il serait préférable d'abandonner la vie ?
En réfléchissant bien, je suis sûr que chacun de nous pourrait trouver des raisons valables.

Et puis, QUI décide ?
NOUS avons décidé (notre société) qu'il était mauvais de mourir.

Pourquoi laissons-nous faire dans certains cas (quand c'est lent) et pas dans d'autres ?
Qu'est-ce que ceci nous renvoie ?

Je crois que si nous voulions vraiment aider quelqu'un à faire le choix de vivre, il faudrait vraiment lui laisser le choix de mourir, sans quoi ce ne serait pas un choix.
Nous devrions être un véritable Témoin fidèle et sûr de la Réalité dans laquelle vit le candidat au suicide (lent ou rapide), afin de vraiment lui donner tous les aspects de la réalité et qu'il puisse voir la situation dans son ensemble, globalement. Et pouvoir choisir. Librement.

Souvent, les gens désireux de mourir ne voient pas l'ensemble de la situation pour prendre une décision vraiment éclairée.

Il faudrait leur donner "la vue".

Et pour faire cela, il ne faudrait pas être nous-mêmes aveuglés !

Parce que dans la pratique, la plupart du temps, nous considérons que la personne a perdu son libre-arbitre et que son acte est insensé. Nous estimons donc devoir prendre la décision à sa place.

Mais c'est nous qui disons que sa décision est insensée !
C'est nous qui n'y avons pas trouvé de sens.

Ainsi nous présentons-nous à ce moment comme un modèle (fais-moi confiance, je sais ce qui est bon pour toi) !
Il est vrai que ces gens qui ont une tendance suicidaire provoquent chez le personnel soignant une peur (au lieu d'un espoir).

Dans certains cas, la réinsertion sociale de celui qui a tenté de se donner la mort va être sérieusement compromise par l'attitude soignante elle-même.
Car nous ne voulons pas laisser place au doute, ni au libre-arbitre d'ailleurs. Il faudra que la personne adopte notre vision de la vie avant que nous lui rendions sa liberté de vaquer comme bon lui semble.

Certains remercient de les avoir rendus à la vie.
D'autres restent profondément malheureux.
D'autres encore réussirons plus tard à se tuer avec une farouche détermination.


Voilà pourquoi je lance cette année, sur Internet et autour de moi, cette Campagne de Réflexion " autour " du suicide.
Parce qu'il y a quelque chose qui me gêne et que je ne suis pas le seul à l'être.
Une sorte d'ambivalence autour de la liberté, de la vie et de la mort.


Une collègue de travail, Nicole, à qui j'ai fait lire ce texte avant de le diffuser sur le Net me faisait remarquer, à juste raison, que la " pollution " commençait avec notre manque d'attention à soi, aux autres.
Sommes-nous capables de nous regarder en face ?
Ne sommes-nous pas tous un peu gêné ?
Elle me disait aussi, très justement, que dans nos sociétés " civilisées ", particulièrement dans les villes, nous avons voulu " évacuer " la mort. Nos vieillards sont loin de nous et nous ne voulons plus les voir se dégrader et mourir.
C'est un peu différent dans les milieux ruraux, où la mort fait partie du décor, si j'ose dire, avec la présence des " vieux " et des animaux.

Mais au lieu d'évacuer la mort comme nous l'espérions, il est fortement à craindre que nous ayons plutôt développé une culture de mort, d'éloignement de la Réalité, de séparation d'avec la vie, d'avec " les autres ".

En vérité, les gens se " meurent d'inquiétude ".


Je n'ai pas l'intention de vouloir faire la leçon à qui que ce soit à travers cette campagne : je n'ai de leçon à donner à personne. C'est sans autre prétention que celle de nous amener à réfléchir et à partager ensemble.

Et parce que je suis moi-même fumeur (depuis 27 ans) sans volonté de cesser ce comportement destructeur (maintenant que j'en ai pris conscience).
Et parce que je ne veux pas faire cavalier seul.

Je suis en train de mourir, lentement, bien sûr parce que j'ai passé des années de ma vie à me détruire, comme bien d'autres.

Mais je crois plus encore par manque d'amour.

Parce que chacun n'est préoccupé que par lui-même.

Je ne dirais pas que c'est " chacun pour soi ", parce que ce ne serait pas si mal que cela, si c'était bien compris (ce qui est à soi, c'est ce qui est à toi et à moi).
Et cela depuis des siècles !…

Quand allons-nous cesser ?…


Nous sommes nombreux sur la planète à avoir une telle attitude (suicidaire). Et personne ne peut rien pour nous.
Les injonctions telles que " y a qu'à ", " il faut " (arrêter de fumer, par exemple) ne marchent pas.
Les interdits non plus.

Un jour, une réflexion qu'une amie m'a faite m'a touché. Elle m'a dit :
" Tu fais cela parce que tu ne t'aimes pas suffisamment toi-même ".

" Certes ".
" Touché " !
C'est probablement vrai. Mais ça n'a pas changé grand chose en moi.

Et après coup, je me suis dit :


" Et toi, m'aimes-tu assez "
" pour m'accepter tel que je suis " ?






Jean-Pierre GARINO

Acteur de Santé Mentale.


Lire Part 2
par Dominique SCHEDER


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Conception: Jean-Pierre GARINO, Acteur en santé mentale.