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Santé mentale et citoyenneté


Intervention à l’Université de Gif sur Yvette (Essonne) à l’attention de Cadres de la Police Nationale et de l’Education Nationale.

Centre National d’Etudes et de Formation
Mercredi 8 juillet 1998



En tant que service public, dans le domaine qui nous concerne et qui est le domaine de la Santé Mentale, nous nous devons de considérer chaque personne ayant besoin de nos soins comme un Citoyen, ayant les mêmes droits que n’importe quel autre.
A cet effet, constatant que certaines personnes, en situation de grande précarité, considérés comme des exclus (de la citoyenneté ?) étaient de fait en souffrance psychologique et ne fréquentaient pas les lieux de soins habituels, nous avons voulu développer un travail en réseau, nous rapprocher de ceux qui ne savent même plus qu’ils ont des droits (droit à la santé, notamment) afin qu’ils puissent s’ils le désirent, bénéficier des soins proposés à tout un chacun dans les centres publics. Pour ce faire, nous avons créés une unité de secteur psychiatrique pour les sans-abri et exclus malades mentaux, ayant pour but d’entrer dans un processus de dialogues et d’élaboration de réponses tant avec les partenaires de la société civile qu’avec les exclus ayant perdu leur appartenance à celle-ci.

A ce niveau-là, nous nous sommes permis d’aller voir sur les lieux que fréquentent cette tranche de population (Centres d’hébergement d’urgence, Samu Social, Emmaüs, Secours Catholique, Compagnons de la Nuit, Centre d’action Sociale...) comment cela se passe pour eux. Le travail en réseau a consisté pour nous à nous faire connaître et à connaître, non seulement les lieux mais surtout les gens avec qui nous aurions des contacts, par nos noms. Le retour à la citoyenneté commence avec le respect du à toute personne, et cette personne a un nom (lorsqu’on ne peut plus nommer une chose, c’est qu’elle n’existe plus). La Santé Mentale d’un individu est à ce prix. L’appeler par sa maladie ou son infirmité, c’est l’enfermer dans celle-ci alors qu’à l’inverse, l’appeler par son nom, c’est lui renvoyer son identité, sa santé fondamentale.
Echanger ensemble sur les difficultés que rencontre telle personne, lui être disponible, lui donner connaissance de ce qui existe autour de lui, l’aider à se renseigner au bon endroit parce que l’on se connaît, lui montrer l’unité de la société dans laquelle il vit afin qu’il puisse se re-lier librement, reconnaissant ses besoins réels au sein d’un réseau amical, humain et compétent, QUI LE REHABILITE IMMEDIATEMENT dans sa dignité d’être humain citoyen.

CE N’EST PAS AU SPECIALISTE DE PRENDRE EN CHARGE UNE PERSONNE. Tel est le sens du travail de réseau que nous avons voulu mettre en place, centré sur le réseau lui-même et offert à la personne en difficulté ; et non pas centré sur la personne en difficulté. C’est la liberté laissée à tout citoyen et ce n’est pas générateur de maladie, d’exclusion. Voici donc comment nous avons envisagés le travail de prévention de la souffrance psychique et de prévention d’exclusion de la citoyenneté. En lien les uns avec les autres pour offrir chacun selon son statut des services de qualité!

Chaque service public doit pouvoir répondre selon sa spécialité. Ne pas créer de lieux où il y ait tout (douches, repas, hébergement, médecin, assistante sociale, alphabétisation...), des sous-structures pour des sous-humains qui y trouveraient des sous-logements, des sous-emplois, de la sous-bouffe etc. (autrement dit, ne pas créer de ghettos), mais réintégrer la personne dans le tissus social, où chacun joue son rôle, voilà ce qu’un citoyen digne de ce nom devrait, avec l’humilité qui s’impose, favoriser dans son discours comme dans ses actes, afin de promouvoir la santé mentale.

Jean-Pierre GARINO
Infirmier en Santé Mentale
Hôpital Ste Anne – Paris




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