Intervention à l’Université de Gif sur Yvette (Essonne) à
l’attention de Cadres de la Police Nationale et de l’Education Nationale.
En tant que service public, dans le domaine qui nous concerne
et qui est le domaine de la Santé Mentale, nous nous devons de considérer
chaque personne ayant besoin de nos soins comme un Citoyen, ayant les mêmes
droits que n’importe quel autre.
A cet effet, constatant que certaines personnes, en
situation de grande précarité, considérés comme des exclus (de la
citoyenneté ?) étaient de fait en souffrance psychologique et ne
fréquentaient pas les lieux de soins habituels, nous avons voulu développer un
travail en réseau, nous rapprocher de ceux qui ne savent même plus qu’ils ont
des droits (droit à la santé, notamment) afin qu’ils puissent s’ils le
désirent, bénéficier des soins proposés à tout un chacun dans les centres
publics. Pour ce faire, nous avons créés une unité de secteur psychiatrique
pour les sans-abri et exclus malades mentaux, ayant pour but d’entrer dans un
processus de dialogues et d’élaboration de réponses tant avec les partenaires
de la société civile qu’avec les exclus ayant perdu leur appartenance à
celle-ci.
A ce niveau-là, nous nous sommes permis d’aller voir sur les
lieux que fréquentent cette tranche de population (Centres d’hébergement
d’urgence, Samu Social, Emmaüs, Secours Catholique, Compagnons de la Nuit,
Centre d’action Sociale...) comment cela se passe pour eux. Le travail en réseau
a consisté pour nous à nous faire connaître et à connaître, non seulement les
lieux mais surtout les gens avec qui nous aurions des contacts, par nos noms.
Le retour à la citoyenneté commence avec le respect du à toute personne, et
cette personne a un nom (lorsqu’on ne peut plus nommer une chose, c’est qu’elle
n’existe plus). La Santé Mentale d’un individu est à ce prix. L’appeler par sa
maladie ou son infirmité, c’est l’enfermer dans celle-ci alors qu’à l’inverse,
l’appeler par son nom, c’est lui renvoyer son identité, sa santé fondamentale.
Echanger ensemble sur les difficultés que rencontre telle
personne, lui être disponible, lui donner connaissance de ce qui existe autour
de lui, l’aider à se renseigner au bon endroit parce que l’on se
connaît, lui montrer l’unité de la société dans laquelle il vit afin qu’il
puisse se re-lier librement, reconnaissant ses besoins réels au sein
d’un réseau amical, humain et compétent, QUI LE REHABILITE IMMEDIATEMENT dans
sa dignité d’être humain citoyen.
CE N’EST PAS AU SPECIALISTE DE PRENDRE EN CHARGE UNE
PERSONNE. Tel est le sens du travail de réseau que nous avons voulu mettre en
place, centré sur le réseau lui-même et offert à la personne en
difficulté ; et non pas centré sur la personne en difficulté. C’est la
liberté laissée à tout citoyen et ce n’est pas générateur de maladie,
d’exclusion. Voici donc comment nous avons envisagés le travail de prévention
de la souffrance psychique et de prévention d’exclusion de la citoyenneté. En
lien les uns avec les autres pour offrir chacun selon son statut des services
de qualité!
Chaque service public doit pouvoir répondre selon sa
spécialité. Ne pas créer de lieux où il y ait tout (douches, repas,
hébergement, médecin, assistante sociale, alphabétisation...), des sous-structures
pour des sous-humains qui y trouveraient des sous-logements, des sous-emplois,
de la sous-bouffe etc. (autrement dit, ne pas créer de ghettos), mais
réintégrer la personne dans le tissus social, où chacun joue son rôle, voilà ce
qu’un citoyen digne de ce nom devrait, avec l’humilité qui s’impose, favoriser
dans son discours comme dans ses actes, afin de promouvoir la santé mentale.